Tunisie : A la recherche d’un modèle de développement pérenne

Après l’expérience douloureuse du collectivisme, vint s’installer une décade de croissance (70-79) basée sur l’incitation à à l’investissement privé (loi 72 et loi 74), qui donné naissance à de nouvelles manufactures (IAA, Textile, In

dus.diverses) à forte employabilité, presque totalement implantées entre Sfax et Bizerte.

 

La décennie suivante fut caractérisée par la promotion de projets industriels de substitution à l’importation de ‘‘produits à la consommation’’: IME, Chimie fine, IMCCV, ITCC, … dont la viabilité économique et la rentabilité financière étaient soutenues par une protection douanière souvent très confortable. Çà était surtout le cas des grands projets de montage de véhicules (3 usines auto et CMT) ou de produits pneumatiques (STIP, TJ) ou de biens d’équipements (MMB, MTM, …). Même les quelques projets de mise en valeur agricole des principales terres domaniales ont capotés, et ont dû faire laisser des plumes aux banques de développement. En revanche, le tourisme a connu un essor, soutenu par la dégringolade de TND face au FRF (de 11 à 7 FRF).

 

Dès le début des années 90, l’on commençait à compiler les instructions du FMI et les consignes du GATT. Peu de temps après, l’on s’attaquait à la mise en œuvre des mécanismes de libéralisation du COMEX : levée des barrières administratives à l’importation des produits Européens, plan de mise à niveau industriel, signature de l’accord de ZLE avec l’UE, démantèlement tarifaire graduel, ….

Le résultat a été rapide : résistance satisfaisante des grandes entreprises et de certains groupes industriels, début de fragilisation des PME/PMI. D’où un début de ralentissement du rythme de l’employabilité industrielle. Naturellement, les plus grands bénéficiaires ont été les banques : financement du COMEX, financement du PMN, financement de la consommation ménagère.

 

La 1ère décennie du 3ème millénaire a été marquée par l’accentuation de la libéralisation du COMEX, particulièrement avec le démantèlement tarifaire total de la liste 3 et partiel de la liste 4 (ZLE-ET) et avec l’entrée en force de l’accord OMC avec les pays autres qu’Européens (notamment la Chine). D’apparence, le résultat a été supportable grâce à une bonne tenue de la balance des paiements soutenue par une inflation d’opérations de privatisation juteuses sur le plan de rentré de devises, orientées essentiellement sur les secteurs stratégiques (4 cimenteries, télécom, …). En réalité, la privatisation a touché des entreprises opérant presque exclusivement sur le marché local et réalisant des bénéfices en TND, dont le paiement de dividendes en devises nécessite le recours à des emprunts extérieurs en l’absence d’excédent au niveau de la balance de paiement.

Pire encore, certains groupes privés ont été tentés de suivre l’Etat en cédant leurs industries florissantes à des multinationales, pour se convertir en opérateurs dans la grande distribution avec des enseignes prestigieuses, commercialisant aussi bien les produits nationaux que les produits de consommation importés (dont certains étaient inexistants sur le marché tunisien).

A présent, nous sommes liées par des accords de libéralisation du COMEX, qui prévoient davantage de démantèlement tarifaire particulièrement avec des pays à forte capacité compétitive (Chine, pays sud-est asiatiques, Turquie, …). Cette configuration structurelle de notre économie va favoriser de plus en plus :

- Inondation du marché par des produits dumping,

- Fermeture de PMI opérant sur le marché local,

- Suppression d’emplois dans l’industrie,

- Accentuation de l’inflation et Aggravation du chômage.

Par ailleurs, l’absence de diversification et de valorisation du produit touristique, d’une part, et la modernisation du secteur touristique dans les pays concurrents (Turquie, Maroc, …), d’autre part, ont contribué à l’affaissement de l’activité touristique et à la dégradation de sa viabilité économique. La mise en difficulté financière des unités hôtelières a accentué leur surendettement vis-à-vis des banques et à compromis les chances de remboursement des crédits, allant jusqu’à causer la fermeture plusieurs hôtels.

 

Ceci étant, nous sommes dans l’obligation de repenser notre nouveau modèle de développement socio-économique. De l’avis de plusieurs experts en la matière, le modèle cible devrait être articulé autours des 4 principaux axes suivants :

1) Intensification des investissements dans l’infrastructure pour améliorer la connexion logistique avec les régions déshéritées et inciter les investisseurs à s’y installer.

2) Valorisation des richesses naturelles (souterraines, superficielles, solaire et éolienne, végétales, hydrauliques, archéologiques, …) se trouvant à l’intérieur du pays, et ce, par la promotion de projets d’exploitation et de transformation (agriculture, industrie, énergie, artisanat, tourisme).

3) Développement des activités exportatrices à grande valeur ajoutée (IEE, TIC, …)

4) Reconsidération de la recherche & développement (université, technopole, …).

 

En fait ces 4 axes sont liés et pivotent autour de l’exploitation optimale des ressources naturelles et de l’emploi des compétences humaines. Des études géologiques vieilles de plus trente ans révèlent que le sous-sol tunisien regorge de richesses minérales, hydrauliques, fossiles, et en substances utiles.

 

Après le maintien de l’obscurité ces dernières années à ce sujet, plusieurs interrogations se lèvent aujourd’hui : Combien vaut le sous-sol de la Tunisie ? Peut-on rêver ? Peut-on en discuter ? Peut-on enfin faire travailler les jeunes dans les régions des richesses naturelles ?

La télédétection est de nos jours une technique suffisamment développée dans pas mal de secteur y compris celui de la recherche minière. Il est admis que le sous sol tunisien reste assez mal exploré et que de nouvelles techniques de recherche minière seraient à mettre en œuvre pour découvrir des gisements potentiels. Il existe en Tunisie des spécialistes de télédétection. Mettons-les à contribution et à profit.

 

En outres, une stratégie nationale des énergies renouvelables devrait être mise en œuvre pour définir le cadre réglementaire de la production de l’électricité verte, principalement celui destiné l’exportation. Concernant la photo-thermie à l’export, il faudrait définir les conditions de rémunération que l’État Tunisien (négociables avec les Opérateurs étrangers):

- Licence d’accès à un site modulaire (selon la surface et l’emplacement),

- Partie de la production injectée gratuitement au réseau de la STEG,

- Taxe d’utilisation d’eau souterraine (selon le volume et le traitement de l’eau utilisée),

- Taxe de Protection de l’Environnement en cas de pollution,

- Redevance de passage de l’électricité solaire (entre 5 et 10% du CA),

- Impôts/Bénéfice (10% à 50%, selon les phases et spécificités du projet)

- Taxe Collectivité Locale (0,2%CA).

 

Enfin, il serait judicieux d’identifier les pistes de restructuration permettant à la fois, d’écourter la phase transitoire et d’accélérer l’accès au régime permanent imprimé par la greffe du nouveau modèle de développement. Afin de lancer le débat, nous pourrons de démarrer par les points suivants :

 

Secteur Agricole :

- revisiter la structure et le potentiel des terres domaniales

- réaliser les 2 projets d’amenée d’eau des barrages du nord, vers le sahel et vers le sud

- s’activer à garantir l’autosuffisance en blé et aliments de bétail

- recenser et multiplier la culture des plantes aromatiques ou médicinales

- booster les centres de recherche et les doter de plus de moyens et de prérogatives

 

Secteur Industriel :

- faciliter la transmission de PMI à des investisseurs nationaux dans le cadre d’un assainissement financier et dans une logique de développement

- mettre à niveau les centres techniques (créés dans les années 80)

- moderniser les usines publiques viables économiquement ; l’exemple le plus est urgent est celui de SNCPA (Kasserine) dont l’extension est justifiée à la fois socialement et économiquement (création d’emploi, valorisation de halfa abondante, exportation de papier noble très sollicité à l’international)

- créer des sites spécialisés dans l’aéronautique et dans l’automobile (centre de formation, plateforme logistique commune, ….).

 

Secteur des activités Extractives :

- auditer le secteur des énergies fossiles et des mines, et procéder aux réparations

- Reconstruire le cadre juridique dans l’énergie des hydrocarbures

- Refaire le cadre juridique du secteur minier et des carrières

- Repenser la rémunération de l’Etat et de la politique fiscale en la matière.

 

Secteur des Énergies Renouvelables :

De l’avis des experts en la matière, il faudrait miser en priorité sur la maitrise de la technologie (nos ingénieurs + Know how), pour mieux négocier la réalisation des centrales photo-thermiques (propriétés tunisiennes), destinées à produire et à exporter de l’électricité solaire. De cette manière, l’exportation prévisionnelle de chaque projet permettrait de rembourser le coût global dudit projet et de dégager une profitabilité confortable pour l’Etat. Pour ce faire, il nous appartient de définir un cadre réglementaire qui nous prémunira contre les crocodiles, et d’investir dans la Recherche & Développement en vue de garantir la maitrise du Know How pour parvenir à construire notre propre centrale. Ainsi, chaque projet sera assorti d’un contrat de livraison d’électricité solaire sur une durée illimitée.

 

Tourisme :

- Promouvoir les projets de mise en valeur des richesses naturelles (archéologique, écologique, circuits civilisationnels, ….)

- Développer des produits destinés à des marchés spécifiques : touriste maghrébin, touriste des pays du golf, touriste des marchés lointains, …..

- Aider à l’assainissement des unités hôtelières connaissant des difficultés conjoncturelles

- Autoriser les banques créancières des hôtels en difficultés structurelles, à les céder soit à des chaines hôtelières tunisiennes soit à des Opérateurs touristiques mondiaux de bonne réputation.

Aussi, il y a lieu de noter que la transmission des hôtels en contentieux bancaire permettra d’avoir d’une pierre plusieurs coups :

a) Récupérer la liquidité dormante, pour renflouer la trésorerie des banques,

b) Commercialiser les produits de ces hôtels à travers des professionnels

c) Réintégrer leur personnel, mis en chômage économique

d) Réanimer les activités annexes : artisanat, commerce, services …

 

(Réflexions à poursuivre)

Mohamed Chawki Abid
11 juin 2012

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2 comments to Tunisie : A la recherche d’un modèle de développement pérenne

  • selima

    Bravo pour cette analyse et pour votre quête d’une réelle vision pour la Tunisie..
    Tout ceci ne peut se faire que s’il y a une réelle volonté politique, un réel changement dans la gouvernance et une mise en avant des compétences tunisiennes…
    Espérons une réelle mobilisation de l’élite intellectuelle et un meilleur avenir pour notre Tunisie..

  • dardouri abdessattar

    Analyse de la situation excellente, il faut chiffrer ces constat afin de pouvoir valoriser ces ressources et fixer des objectifs .

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