Depuis le 15 janvier, on nous parle de réconciliation nationale, en opposition à un scénario de chasse aux sorcières. Le RCD a 2 Millions d’adhérents, comment envisager une seule seconde d’écarter 25% de la population ? Parmi ces 2 millions, la très grande majorité est honnête, patriote, désintéressée. Cette grande majorité a travaillé pour le pays, et non pas pour un régime.
On nous cite les exemples d’autres transitions démocratiques dans le monde ayant abouti à une réconciliation nationale, le « modèle » sud-africain, l’ex bloc de l’est, ou encore l’exemple marocain.
Soit. Ce qu’on oublie de préciser, c’est que si ces réconciliations nationales ont réussi (?), c’est parce que des commissions spéciales et indépendantes ont été d’abord chargées de faire éclater la vérité. Dans l’appellation « Commission Vérité & Réconciliation » (Afrique du Sud), « Commission Vérité & Equité » (Maroc), « Commission Vérité & Justice » (Côte d’Ivoire) on commence d’abord par le mot VERITE.
Comment peut-on envisager de se réconcilier avec des corrompus, des bourreaux, des tortionnaires ou des mafieux ??? Comment savoir qui est coupable et qui est innocent ? Comment peut-on distinguer entre l’honnête et le mafieux ? Pour simplifier, qui sont les « gentils » et qui sont les « méchants » ?
Le fameux article 15 et l’inéligibilité des responsables du RCD ont fait naître une immense polémique qui aurait dû aboutir à une évidence : la nécessité de créer de toute urgence une commission que j’appellerais « Vérité, Justice & Réconciliation ». Pendant 3 semaines, les Tunisiens se sont opposés, déchirés, insultés, les uns à défendre les « intègres » du RCD en agitant l’épouvantail de la chasse aux sorcières, les autres à défendre la mémoire des martyrs et les valeurs de la révolution. Nous avons donc mis le doigt sur le coeur du problème !
Au nom de l’apaisement, on nous recommande d’éviter d’élargir le cercle des responsabilités, de ne pas inclure les présidents des cellules du RCD (Cho3ba)… C’est bien un raisonnement de « citadin » ! Dans les grandes villes, ces personnages peuvent passer inaperçus, mais dans les petits « bleds » ou à la campagne, la plupart étaient des « Caïds », des bandits qui abusaient de leurs pouvoirs et trafiquaient de leur influence sans aucun état d’âme ! Ce n’est d’ailleurs pas une surprise si au début du soulèvement, on a commencé d’abord par bruler les « Cho3ba » et même les maisons des présidents de ces « Cho3ba ». Le cercle des responsabilités n’a pas à être « élargi » ou « rétréci ». De quel droit décide-t-on d’être complaisant avec les responsables de ces dizaines d’années d’exactions, d’abus de pouvoir et d’impunité ? On a publié une liste de 110 noms à qui on a gelé les biens. Si uniquement 110 personnes ont tenu le pays pendant 23 ans, alors ce sont de vrais Superman !!!! Soyons sérieux, ce n’est qu’une fois les 20.000 ou 30.000 (ou même plus) responsables clairement identifiés, que nous pourrons ouvrir grand les bras au reste des 2 millions d’adhérents. Que pèsent 30.000 personnes face à 2 millions ???
Nous devons nous pencher SERIEUSEMENT sur la question, pour que toute la lumière soit faite sur les responsabilités de chacun, et qu’il n’y ait pas d’impunité qui rendrait vaine toute tentative de réconciliation. Il ne s’agit nullement d’une chasse aux sorcières, comme certains voudraient le faire croire. Demander à des personnes de pardonner alors que leurs tortionnaires courent toujours, ou qu’ils ont été dépossédés de leurs biens sans contre-partie, est une vraie utopie et une double peine pour ces victimes.
PAS DE RECONCILIATION SANS JUSTICE ET PAS DE JUSTICE SANS VERITE
En Tunisie et à ce jour, aucune commission « constructive » n’a été mise en place. La commission présidée par Taoufik Bouderbala ne concerne que les faits post 17 décembre 2010, et ne se substitue aucunement à la justice. Or comment peut-on résumer des décades de dictature à uniquement une période allant du 17/12/2010 au 14/01/2011 ????
L’état veut une réconciliation nationale mais refuse d’entendre parler de justice transitionnelle. Pourquoi ? Nous avons un devoir de mémoire à faire, au moins à partir du 7 novembre 1987, mais j’irais même jusqu’au 20 mars 1956. Pour reconstruire une Tunisie solide, apaisée, sereine et réconciliée, je considère que les héritiers du Bey ou la famille de Salah Ben Youssef ont autant un droit de reconnaissance que les familles persécutées des islamistes au début des années 90, ou celle des opposants démocrates.
Même la campagne électorale y gagnerait car certains partis politiques font des injustices et des atteintes aux droits de l’homme leur fer de lance. Reconnaitre nos erreurs et nos responsabilités leur supprimerait cet argument populiste.
D’autres partis, dans une course au pouvoir effrénée et pour ratisser le plus large possible, piétinent toute morale et décident d’ouvrir les portes grandes ouvertes aux RCDistes. Ils se disent probablement que le tri sera fait par la suite, si la justice parvient à avancer, dans quelques années ou peut-être jamais…
D’autres partis tiennent encore bon, par fidélité aux principes mêmes de la révolution : la RUPTURE nette et absolue avec l’ancien régime. L’avidité de gagner des sièges ne leur a pas fait perdre leurs valeurs. Du moins pas encore. Ils se disent « dans le doute, il faut s’abstenir », on ne donnera pas la chance à des responsables de « se blanchir » sur notre dos !
ZABA nous a tenu un langage binaire depuis les élections traficotées de 1989 : soit le RCD, soit les barbus. Certains partis adoptent le prolongement de cette stratégie. Pour ma part, je continue à penser qu’une 3ème voix existe, sans barbus et sans RCD, à l’image des foules qui ont défilé dans les rues de toutes les régions et qui ont fait tomber le régime. Peut-être dois-je faire mon deuil de la politique, car j’ai réalisé que ce n’était pas soit BLANC soit NOIR, mais bien plutôt gris et même gris foncé, et je trouve que le gris est une couleur bien triste. Je me limite donc à militer dans l’associatif, dans le plaidoyer, en espérant apporter ma toute petite pierre à la construction d’un pays sur des bases saines et solides.
Mouna BEN HALIMA




J’adhère complètement, cependant je voudrais juste noter qu’il y également une commission chargée des dossiers de corruption et de malversation, peut être qu’elle peut contribuer à révéler la vérité sur les abus et les injustices.
D’ailleurs je trouve que cette commission ne communique pas assez
Nous organisons un café citoyen avec M. Bouderbala qui est en charge de La commission nationale d’investigation sur les dépassements et les violations.
Nous aborderons la question de la corruption et des malversations ultérieurement.
Mercredi prochain donc au restaurant Paprika Les berges du Lac.
A suivre…
Je suis entièrement d’accord moi aussi (bien que j’ai connu quelqu’un qui a travaillé dans une cho3ba qui a fait un boulot remarquable dans sa localité et qui donnait une bonne partie de ce qu’il gagnait aux cours particuliers des jeunes du quartier mais là n’est pas la question). J’ai l’impression que la justice traîne et s’éternise s’en est irritant si ce n’est révoltant.
Le déjeuner par conséquent avec Mr Bouderbala m’intéresse également, comment faire pour venir vous rejoindre au café citoyen ?
Merci d’avance et bonne journée !
sur ce thème nous organisons un café citoyen :
http://touensa.org/2011/05/30/cafe-citoyen-sur-la-justice-transitionnelle/